Et si le chaos n’était pas le problème ?
Je crois que beaucoup ressentent la même chose en ce moment.
Une forme d’affolement diffus.
Une tension silencieuse.
Une incertitude face à l’avenir.
Comme si le monde entier retenait légèrement sa respiration.
Pourtant, le chaos n’est pas une anomalie. Il fait partie du vivant.
Depuis toujours, l’ordre et le désordre dansent ensemble. Dans la nature. Dans les sociétés. Dans chacune de nos vies.
Évidemment que cela fait peur.
Mais comment tenir un navire en pleine tempête en faisant semblant que la mer est calme ?
Nous avons appris à contrôler, anticiper, performer, serrer les dents. Mais personne ne nous a vraiment appris à traverser les tempêtes intérieures.
À force de vouloir « tenir », beaucoup finissent par se couper d’eux-mêmes. Ils retiennent leur respiration, anesthésient leurs sensations et se persuadent qu’ils réussiront à passer au-dessus de la vague sans jamais avoir à la traverser.
Spoiler : nous ne sommes pas des mouettes.
Le piège : confondre stabilité et contrôle
Dans une période de chaos, notre premier réflexe est souvent de vouloir reprendre le contrôle.
Contrôler notre agenda, nos décisions, notre image, nos résultats.
Et, bien sûr… contrôler ce que nous ressentons.
Pourtant, vouloir contrôler la mer n’a jamais empêché une tempête.
En revanche, apprendre à naviguer permet de la traverser.
Il en va exactement de même avec notre monde intérieur.
Je trouve d’ailleurs fascinant que deux mots provoquent souvent la même réaction : chaos et émotion.
Comme s’ils annonçaient tous les deux une perte de contrôle.
Et si ce n’était pas eux qui nous faisaient peur, mais l’idée que nous nous en faisons ?
Les émotions ne sont pas le problème
Nous avons longtemps opposé raison et émotion, comme si une bonne décision devait être totalement débarrassée de toute émotion.
Pourtant, les travaux du neurologue Antonio Damasio montrent que les émotions participent aux processus de décision. Dans L’Erreur de Descartes, il décrit notamment des patients ayant conservé leurs capacités intellectuelles mais devenus incapables de prendre des décisions adaptées après certaines lésions cérébrales.
L’émotion n’est donc pas l’ennemie de l’intelligence.
Elle en fait partie.
Encore faut-il comprendre son véritable rôle.
Une émotion est une réaction physiologique. Elle apparaît spontanément. Elle ne nous demande pas notre autorisation.
Elle est un indicateur.
Elle attire notre attention sur un besoin qui n’est plus respecté, une limite qui vient d’être franchie, un déséquilibre qui commence à s’installer.
Le problème n’est pas d’avoir peur dans la tempête.
Le problème est d’avoir appris à se méfier de la peur au lieu d’écouter ce qu’elle cherche à nous indiquer.
Le capitaine et les marins
Imaginez un capitaine sur la passerelle.
Un marin vient le prévenir : « Capitaine… le vent tourne. »
Le capitaine poursuit sa navigation.
Quelques minutes plus tard, un deuxième marin arrive.
Puis un troisième.
Finalement, tout l’équipage frappe à la porte.
Lorsque le capitaine sort enfin sur le pont, la tempête est déjà là.
Les marins n’ont jamais créé la tempête
Ils tentaient simplement de l’annoncer.
Nos émotions jouent exactement le même rôle.
Au départ, elles sont discrètes. Puis elles deviennent plus présentes.
Non parce qu’elles cherchent à nous envahir, mais parce qu’elles cherchent à être entendues.
Lorsque nous les repoussons, notre corps augmente progressivement le volume.
Et lorsque la tempête émotionnelle éclate enfin, nous concluons souvent :
« J’avais raison de me méfier de mes émotions. »
Alors qu’en réalité, ce n’est pas l’émotion qui nous fait souffrir.
C’est notre absence d’écoute.
Changer de regard
Et s’il existait une autre manière de regarder ?
Et si, au lieu de craindre nos émotions, nous devenions curieux de ce qu’elles cherchent à nous montrer ?
La curiosité entrouvre les fenêtres de nos certitudes. Elle permet au doute de devenir fécond et d’ouvrir des angles que nos convictions ne voyaient plus.
Une nouvelle compréhension devient alors possible.
Quelle coopération extraordinaire que celle entre le corps, le cœur et l’esprit.
Rien n’a été créé au hasard.
Tout dialogue. Tout cherche à nous orienter vers davantage d’équilibre, à condition que nous acceptions enfin d’écouter.
Le défi de notre époque
Je suis convaincue que le grand défi des années à venir ne sera pas résolu par l’Intelligence Artificielle.
Il sera relevé par des femmes et des hommes capables de rencontrer ce qui se passe en eux au lieu de le combattre.
Par des personnes qui comprendront que la stabilité ne consiste pas à éviter les tempêtes, mais à apprendre à naviguer avec elles.
Car le chaos n’est pas le problème.
Il est l’espace où un nouvel ordre cherche à naître.
Et si nos émotions étaient justement les alliées les plus précieuses pour nous aider à le traverser ?
C’est ma conviction à force d’expérimentation en moi et avec mes client(e)s
Prêt(e)s à la curiosité ?